2026-04-02

Certaines décisions sont plus importantes que d’autres, car elles nous engagent dans une direction dont il sera ensuite difficile de faire marche arrière.

En investissement, le terme « optionalité » représente la valeur des options qui s’offrent à nous après avoir effectué un investissement initial. Dans le monde de l'investissement, qu'il soit personnel ou corporatif, l'optionalité est la somme des valeurs de toutes les options créées par une décision.

J'ai toujours cru au concept d'optionalité dans la vie, en affaires et en investissement. Par exemple, ma décision d'étudier la finance au baccalauréat, alors que je n'avais pas vraiment d'idée de ce que je voulais faire plus tard, a été dictée par le désir de garder autant de portes ouvertes que possible. Comme le dit l'expression populaire, j'essaie de ne jamais me « peinturer dans un coin ».

Sur le plan personnel, je pense aux décisions de se marier, d'avoir des enfants ou à nos choix d'études. Prendre de la drogue pour la première fois est une autre décision qui pourrait s'avérer irréversible.

À plusieurs reprises dans le passé, j'ai envisagé d'investir dans un condo en Floride. L'une des principales raisons qui m'a toujours fait résister est liée à l'optionalité : j'ai toujours pensé que posséder un condo en Floride (ou ailleurs) me fermerait de nombreuses possibilités de voyager partout sur la planète. À mon avis, celui ou celle qui possède un condo en Floride est susceptible de se sentir « obligé » d'y aller, ce qui pourrait l'empêcher de faire d'autres voyages qui lui auraient plu.

En affaires, certaines décisions stratégiques nécessitent une réflexion approfondie avant de s'engager. C'est le cas notamment d'une acquisition majeure, qu'il sera difficile d’annuler si elle ne fonctionne pas aussi bien que prévu.

Une autre décision irréversible est la vente de son entreprise. Je parlais récemment à un ami qui a reçu une offre pour vendre son entreprise. Il réfléchit, mais une telle décision est lourde de conséquences, car c'est le genre de choix dont on ne peut pas revenir en arrière.

Jeff Bezos, PDG et fondateur d'Amazon, a écrit dans le passé au sujet des types de décisions auxquels une entreprise est confrontée, notamment dans le rapport annuel 2015 de la société. Bezos distingue deux types de décisions :

Des « portes à sens unique »

« Certaines décisions sont lourdes de conséquences et irréversibles, ou presque irréversibles — des portes à sens unique — et ces décisions doivent être prises de façon méthodique, avec soin, lentement, en faisant preuve d’une grande réflexion et après consultation. Si vous franchissez cette porte et que ce que vous découvrez de l’autre côté ne vous plaît pas, vous ne pouvez pas revenir en arrière. Nous pouvons appeler cela des décisions de type 1. »

Je considère que la décision des États-Unis d’attaquer l’Iran est du type « porte à sens unique ». Une fois qu’ils ont traversé cette porte, ils entrent en terre inconnue et il devient difficile, voire impossible, de revenir à la case départ. J’espère que cette décision a été prise avec rigueur et beaucoup de délibération.

Des « portes à double sens »

« Mais la plupart des décisions ne sont pas de cet ordre : elles sont modifiables, réversibles — ce sont des portes à double sens. Si vous prenez une décision de type 2 qui s’avère sous-optimale, vous n’avez pas à en subir les conséquences très longtemps. Vous pouvez rouvrir la porte et revenir en arrière. Les décisions de type 2 peuvent et doivent être prises rapidement par des personnes faisant preuve d’un bon jugement ou par de petits groupes. »

Ma décision d’étudier en finance au bac était une porte à double sens : j’aurais pu facilement la renverser, et elle m’ouvrait plus de portes qu’elle n’en fermait.

En investissement, plusieurs décisions sont selon moi des portes à sens unique :

  • La décision de tout vendre et de sortir du marché boursier en est une, du moins dans une certaine mesure. Bien qu’on puisse toujours décider de revenir sur le marché boursier après avoir tout vendu, cette décision devient difficile par la suite, en bonne partie en raison de biais psychologiques : si le marché s’apprécie ensuite, l’investisseur aura l’impression d’avoir manqué le bateau ; s’il a baissé, il croira avoir pris la bonne décision de vendre et ne voudra pas nécessairement racheter.

  • La décision de changer drastiquement sa manière d’investir ou sa philosophie d’investissement, par exemple en vendant ses actions pour acheter des indices boursiers. Dans un article récent paru dans le Wall Street Journal (Investors Must Fight the Urge to Make Big Moves), Jason Zweig écrit : « Vous devriez repenser votre portefeuille de la même manière que les gens devraient — mais ne le font souvent pas — décider d’ajouter un tatouage ou un piercing. » À mon avis, en ce moment, plusieurs investisseurs pourraient être tentés d’acheter ce qui a très bien performé en Bourse au cours de la dernière année : l’IA, les indices boursiers nord-américains ou les ressources naturelles.

Comme le dit Bezos, avant de prendre de telles décisions, il faut réfléchir longuement et de manière méthodique.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA
Chef des placements chez COTE 100

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