Celui qui a une vision à court terme concentre ses efforts sur les résultats immédiats, souvent au détriment de la création de valeur à long terme. On observe fréquemment de tels comportements en affaires ; des dirigeants pourraient, par exemple, être tentés de couper les dépenses de recherche et développement de leur entreprise pour maximiser ses bénéfices à court terme. Un autre exemple est celui de certaines sociétés qui rachètent leurs actions sur le marché afin de faire grimper le cours de leur titre.
Avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis, je me demande si nous n’avons pas atteint le paroxysme du « short-termism ». Par exemple, les tarifs punitifs potentiels sur les importations de produits canadiens et mexicains ne sont-ils pas un bel exemple de mesures qui pourraient avoir un impact positif à court terme pour les entreprises américaines, mais qui causeraient des ravages à plus long terme sur l’économie américaine ?
Dans un blogue récent (« Le « goodwill » : difficile à bâtir, facile à détruire »), je m’interroge sur la manière dont les États-Unis peuvent antagoniser des partenaires et alliés de longue date tels que le Canada. Dans ses négociations avec le Canada, il est possible que l’administration Trump réussisse à obtenir des concessions de son partenaire de longue date, mais à quel prix à plus long terme ? Un positionnement antagoniste contre le Canada et de nombreux autres pays qui ont historiquement été alliés des États-Unis ne détruira-t-il pas beaucoup de valeur à long terme ?
Par définition, l’investissement est un renoncement à un bienfait ou à un plaisir immédiat en vue d’une récompense future supérieure. M. Charlie Munger a souvent répété qu’une des plus grandes qualités d’un bon investisseur est la capacité de « différer la gratification ». C’est tout le contraire du phénomène du « short-termism ».
Malgré tout ce que l’on voit et entend ces temps-ci, il existe encore de nombreuses personnes qui demeurent des investisseurs à long terme, tant en affaires qu’en investissement – « Thank God! », comme diraient les Américains !
Je vous présente ici deux exemples concrets que j’ai notés récemment et qui me laissent espérer que la raison et une vision axée sur la création de valeur à long terme résisteront à l’obsession du court terme.
Le premier vient de M. Michel Atwood, VP Finances de la société Interparfums (« IPAR »), un titre que COTE 100 détient dans certains de ses portefeuilles sous gestion. Dans une récente conférence téléphonique à l’intention des investisseurs et analystes qui a suivi la publication des résultats annuels de 2024, M. Atwood a répondu à une question d’une analyste qui lui demandait de prévoir la croissance des revenus de l’entreprise par trimestre tout au long de 2025 : « Concernant les revenus, comme vous le savez, nous n’aimons généralement pas fournir de prévisions trimestrielles, car nous préférons gérer notre entreprise pour les dix prochaines années, et non nécessairement pour le prochain trimestre. » Je vous avouerai qu’il s’agit d’une réponse plutôt inhabituelle, et combien rafraîchissante, dans le monde des entreprises cotées en Bourse.
Le deuxième exemple provient de la lettre annuelle de M. Thomas S. Gayner, PDG de Markel Group (« MKL »), une société d’assurance américaine dont COTE 100 est actionnaire depuis plusieurs années. Dans cette lettre, M. Gayner énumère les valeurs de l’entreprise qui guident ses dirigeants dans sa gestion, dont celle-ci : « Nous avons passé des décennies à bâtir des relations durables avec nos propriétaires à long terme et nous comptons bien continuer dans cette voie. Nous considérons que vous, en tant qu’actionnaires, êtes nos partenaires, et non de simples entités institutionnelles anonymes sur un relevé. »
Incidemment, ces deux entreprises sont dirigées par des dirigeants qui possèdent une grande partie des actions. Les deux fondateurs et principaux dirigeants d’Interparfums détiennent 43,8 % des actions de l’entreprise (juillet 2024). Quant aux dirigeants de Markel, ils possèdent collectivement 1,7 % des actions de l’entreprise (mars 2024) – si vous trouvez que c’est peu, sachez que ce petit pourcentage représente une valeur de près de 425 M$ US à la valeur récente de la société en Bourse.
En tant qu’investisseur à long terme, j’espère que de plus en plus d’investisseurs, de dirigeants et de leaders politiques adopteront une vision axée sur le long terme plutôt que sur le court terme. C’est seulement de cette manière que nous réussirons à créer une valeur durable à long terme pour la société.
Philippe Le Blanc, CFA, MBA
Chef des placements chez COTE 100
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