En tant que Canadiens, nous pourrions être tentés de réagir de manière impulsive. J’ai notamment entendu des investisseurs exprimer le désir de se départir de leurs actions de sociétés américaines.
Je crois toutefois qu’il est important de faire attention à nos actions pour nous « défendre » et que certaines considérations devraient guider nos décisions en tant qu’investisseurs.
En premier lieu, je ne pense pas qu’il soit judicieux de s’infliger du tort pour des raisons politiques. Il existe certes des alternatives à plusieurs biens américains, mais tous ne sont pas remplaçables à un coût raisonnable. Personnellement, j’ai décidé de réduire mes dépenses discrétionnaires aux États-Unis, mais je ne couperai pas dans ce que je considère essentiel ou difficilement remplaçable.
La décision de vendre ses titres boursiers de sociétés américaines n’est pas rationnelle selon moi, car elle équivaudrait à une forme d’auto-flagellation. La plupart des plus grandes entreprises de la planète sont basées aux États-Unis, et il est difficile de trouver des sociétés comparables à l’extérieur de ce pays. Depuis des années, j’aimerais privilégier les sociétés canadiennes dans nos portefeuilles sous gestion, mais je me heurte à la réalité du marché boursier canadien, qui est très restreint en termes de profondeur, de qualité et de taille.
Une autre considération est que la situation pourrait évoluer aux États-Unis au cours des prochains mois et années. Les élections de mi-mandat à l’automne 2026 pourraient influencer la situation. Pour l’instant, nous n’entendons que peu de critiques d’Américains (peut-être par crainte de représailles ou de pertes financières ?), mais cette dynamique pourrait changer dans les mois à venir. C’est du moins ce que j’espère.
Enfin, les dirigeants d’entreprises américaines dans lesquelles vous avez investi ne sont pas nécessairement tous en accord avec les politiques de leurs dirigeants. Par exemple, je suis convaincu que nombre d’entre eux désapprouvent l’imposition généralisée de tarifs à l’importation.
Pour moi, l’investisseur boursier à long terme est, ni plus ni moins, « marié » à la Bourse et à ses entreprises, pour le meilleur et pour le pire. Nous traversons peut-être l’une de ces périodes que je qualifierais de « pires ». Ce n’est pourtant pas une raison de divorcer des actions et de la Bourse. Le « meilleur » pourrait très bien se produire dans les années à venir.
J’ai bon espoir que les choses se replaceront dans le système politique américain. En attendant, la situation pourrait être désagréable et continuer à se détériorer, mais il faut selon moi tenir bon et résister du mieux que l’on peut, par exemple en achetant des produits locaux. Pour l’investisseur boursier, cela signifie qu’il vaut mieux éviter d’effectuer des changements drastiques à son portefeuille dictés par les émotions.
Philippe Le Blanc, CFA, MBA
Chef des placements chez COTE 100
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