2023-08-25

Par Jean-Philippe Legault, blogueur invité

Pour réussir en Bourse, un investisseur se doit de lire beaucoup. Il doit lire des états financiers, des rapports de recherche, des rapports sur de multiples industries, des retranscriptions de conférences téléphoniques, des nouvelles, des biographies, des magazines, etc. Toutefois, je crois qu’un investisseur doit prendre le temps de digérer toutes ces informations en se réservant des périodes pour réfléchir sans distraction.

Pour moi, ces périodes se présentent lorsque je promène mon chien en soirée. Ces moments calmes me permettent de réfléchir à nos portefeuilles et aux titres que nous suivons. Un exercice que j’aime bien faire consiste à imaginer à quoi ressembleront nos sociétés dans dix ou vingt ans. Pour y arriver, je cherche à comprendre comment se transformera l’industrie dans laquelle elles évoluent. Selon moi, il existe deux grands phénomènes qui dictent la transformation d’une industrie, soit la convergence et la divergence.

La convergence

La convergence se produit lorsqu’une ou plusieurs industries fusionnent entre elles. Pour simplifier, prenons l’exemple de l’industrie des téléphones intelligents. Si vous possédez un tel appareil, vous remarquez qu’il combine plusieurs fonctionnalités. Entre autres, ils servent à la fois de téléphones, de caméras, de systèmes de paiement et de systèmes de navigation. Lorsqu’on prend ces fonctionnalités individuellement, on réalise que chacune appartient à une industrie en particulier. De plus, on retrouve une multitude de joueurs dans chacune de ces industries. Toutefois, l’arrivée des téléphones intelligents a favorisé la convergence vers un seul produit. Le travail d’un investisseur consiste à identifier si une société sera influencée positivement ou négativement par la convergence.

La divergence

La divergence se produit lorsqu’une industrie se spécialise en développant des sous-industries. Prenons l’exemple de l’industrie de la restauration. Le concept de la divergence a entraîné l’apparition de restaurants spécialisés tels que les restaurants français, italiens et chinois. La divergence peut entraîner des spécialisations encore plus précises. Prenons le cas des pizzerias. Domino’s s’est spécialisée dans la livraison, Papa John’s dans la qualité des ingrédients et Papa Murphy’s dans le concept des pizzas à emporter et à cuire à la maison. Le travail d’un investisseur est de tenter de déterminer à quoi ressemblera la divergence dans une industrie.

Simple, mais pas facile

La distinction entre la convergence et la divergence est rarement nette et précise. Prenons le cas de l’industrie bancaire qui, selon moi, subit l’effet de la convergence. En effet, les banques offrent, entre autres, des prêts, de la gestion de patrimoine et de l’assurance, toutes des industries qui existent individuellement. À l’inverse, je crois que le phénomène de la divergence existe également dans cette même industrie. Une banque comme SLM Corp. s’est spécialisée dans les prêts étudiants, alors qu’une banque comme goeasy s’est spécialisée dans les prêts à la consommation non préférentiels (non-prime).

Imaginez maintenant que vous détenez une banque traditionnelle de prêts et de dépôts dans votre portefeuille. Votre travail de recherche et de réflexion consiste donc à déterminer les forces de convergence et de divergence qui peuvent potentiellement s’opérer dans cette industrie. Votre banque perdra-t-elle des parts de marché parce que l’industrie est en train de converger vers une offre bancaire complète, ou sera-t-elle affectée par un effet de surspécialisation? Les deux sont certainement probables, mais l’une de ces forces risque de prendre le dessus sur l’autre. Ultimement, ce seront les consommateurs qui dicteront si c’est la convergence ou la divergence qui répond le mieux à leurs besoins.

En terminant, la compréhension de ces concepts vous permettra de mieux évaluer la stratégie de la société en fonction des forces qui s’opèrent dans l’industrie. Réfléchir à ces dynamiques est certainement un exercice stimulant.

Ce blogue était mon dernier de l’été. La semaine prochaine, Philippe Le Blanc reprendra l’écriture de ses blogues hebdomadaires. Merci et à bientôt!