2026-05-01

En temps normal, les mises à pied surviennent lorsque les finances se détériorent : la demande ralentit, les marges se compressent, les coûts deviennent trop lourds. Pour une telle entreprise, elles constituent généralement un ultime recours pour traverser une période difficile.

Or, je note que ce scénario semble se dérégler, du moins pour certaines grandes sociétés technologiques : des entreprises en excellente santé financière annoncent, elles aussi, des coupes importantes. Comment expliquer que des entreprises qui affichent des profits records procèdent à d’importantes vagues de licenciements ?

Ces derniers mois, certains géants technologiques ont donné le ton. Meta Platforms a récemment annoncé 8 000 mises à pied à venir, soit près de 10 % de son effectif. Microsoft a quant à elle annoncé un plan de départs volontaires représentant près de 7 % de son effectif. Selon un article récent du Wall Street Journal, 45 800 mises à pied ont été annoncées dans le secteur technologique en mars (source : Layoffs.fyi).

Cependant, des sociétés telles que Meta et Microsoft sont loin d’éprouver des difficultés financières. En 2025, les bénéfices par action ajustés de Meta ont enregistré une croissance de 24,4 % par rapport à ceux de 2024. Quant à ceux de Microsoft pour les 12 mois se terminant le 31 décembre 2025, ils sont en hausse de 23,8 % sur un an.

Si Meta ou Microsoft réduisent sensiblement leur effectif, on peut se demander ce que feront les entreprises dont la rentabilité est moins reluisante.

Une des raisons évoquées pour ces mises à pied est l’ampleur des investissements consentis par ces entreprises — et par bien d’autres du secteur — dans l’IA, notamment dans des centres de données. Peut-être ces mises à pied reflètent-elles la confiance des dirigeants dans les capacités de l’IA à accroître leur efficacité ? Ou reflètent-elles aussi leur volonté de réduire les coûts afin de poursuivre ces investissements massifs dans l’IA ? On pourrait ainsi remplacer des salaires par des investissements massifs dans de coûteux microprocesseurs d’IA.

Je me demande pourtant si de telles mises à pied ne relèvent pas d’une vision à court terme. Elles augmentent probablement les bénéfices des prochains trimestres, mais quel sera l’impact, à moyen terme, sur la rentabilité de ces entreprises ?

En effet, à plus longue échéance, de telles mises à pied sont susceptibles de produire des effets secondaires bien réels :

  • Une érosion de la loyauté et de la confiance des employés restants ;

  • Une perte de savoir organisationnel et de continuité opérationnelle ;

  • Un affaiblissement de la culture interne ;

  • Un désengagement progressif, au moment même où l’entreprise attend plus de productivité.

L’article du WSJ le souligne bien : « Malgré toutes les capacités de l’IA, il faudra des personnes pour définir des modèles d’affaires, s’occuper des clients et, surtout, s’assurer que les outils d’IA sont déployés et utilisés de manière sécuritaire ».

À terme, l’IA permettra sans doute aux entreprises d’être plus efficaces — c’est-à-dire de faire plus avec moins de ressources — et de devenir plus rentables. Je crois toutefois que les mises à pied importantes annoncées dernièrement par plusieurs grandes sociétés technologiques sont prématurées. Elles semblent, en quelque sorte, motivées par le besoin de dégager des marges pour financer les investissements massifs qu’elles effectuent dans l’IA.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA
Chef des placements chez COTE 100

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