Né en 1883 et décédé en 1946, Keynes a vécu les deux grandes guerres, ainsi que la Grande Dépression. Ses théories macroéconomiques novatrices ont jeté les bases de ce qu'on appelle aujourd'hui la macroéconomie keynésienne. Ses prédécesseurs prônaient le laissez-faire économique, c'est-à-dire un gouvernement qui intervient le moins possible dans l'économie et laisse les marchés opérer leur magie.
Or, Keynes a pu observer, pendant la Grande Dépression des années 1930, les dégâts causés par cette politique de laissez-faire. C'est pourquoi il a milité pour une intervention du gouvernement britannique dans l'économie, tant au niveau monétaire, par le biais de la fixation des taux d'intérêt, que fiscal – il était un fervent défenseur des grands travaux publics.
Puisque le libre marché ne peut pas toujours se réguler par lui-même, le gouvernement a la responsabilité de baisser les taux et d'augmenter ses dépenses (quitte à essuyer des déficits) lorsque l'économie est morose, et de faire le contraire lorsque l'économie fonctionne bien.
Selon Keynes et d'après l'histoire économique, ce n'est pas une bonne idée de laisser les marchés à eux-mêmes, car cela mène inévitablement à des excès et à de douloureuses corrections. Il a également déclaré que le rôle du gouvernement était de maintenir le taux de chômage à un niveau minimal tout en gardant l'inflation à un niveau raisonnable. Le gouvernement, soit par sa politique monétaire (taux d'intérêt) soit par sa politique fiscale (taux d'imposition), doit intervenir régulièrement pour réguler l'économie, la ralentir lorsqu'elle s'échauffe trop ou la stimuler lorsqu'elle ralentit trop.
On a vu à maintes reprises dans le passé que les marchés ont tendance à verser dans l'excès si le gouvernement les laisse faire. Je pense notamment à la bulle technologique de la fin des années 1990 ou à la bulle immobilière des années 2000 qui a mené à la crise financière de 2008-2009. La Grande Dépression des années 1930 est l'exemple le plus connu de l'histoire économique moderne.
À mon avis, nous vivons dans un marché qui bénéficierait de plus d'encadrement. M. Trump est un fervent supporter du libre marché et d'une réduction de la réglementation. Sur les marchés boursiers, on assiste à une recrudescence de la spéculation. Le niveau record de la marge utilisée pour investir en est un bel exemple d'une situation qui mériterait peut-être davantage d'encadrement.
Source : Advisor Perspectives / VettaFi, avril 2026.
Dans sa lettre annuelle de 2026, GatesNotes, Bill Gates a écrit : « Certains problèmes exigent bien plus que de simplement laisser les incitatifs du marché suivre leur cours. »
Selon Gates, le premier domaine où l'intervention des gouvernements est critique est la lutte contre les changements climatiques. « Sans une taxe carbone mondiale d’envergure (qui est, malheureusement, politiquement irréalisable), les forces du marché n’incitent pas adéquatement à la création de technologies visant à réduire les émissions liées au climat. »
Une autre sphère où un encadrement serré me semble critique est l'IA.
J'ai l'impression que ce domaine est un peu l'équivalent du Far West, en particulier aux États-Unis, qui ne semblent pas trop intéressés à intervenir pour réguler ce secteur en pleine croissance. Le lancement récent de Claude Mythos d'Anthropic, le 7 avril dernier, pourrait changer la donne. Selon The Economist, « la plus récente création de ce concepteur de modèles [Claude Mythos] est si étonnamment performante pour détecter des vulnérabilités logicielles que, entre de mauvaises mains, elle pourrait menacer des infrastructures critiques, des banques aux hôpitaux. Les modèles d’IA présentent également de plus en plus d’autres risques, allant des dangers pour la biosécurité aux arnaques à grande échelle. »
Comme dans bien d'autres sphères, l'équilibre devrait être recherché. Les gouvernements doivent trouver le juste milieu entre l'interventionnisme et le laissez-faire total. Je crois toutefois que laisser les marchés et les investisseurs totalement à eux-mêmes est une recette pour des accidents.
Philippe Le Blanc, CFA, MBA
Chef des placements chez COTE 100
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