2026-05-08

La distinction est quelque peu similaire à la différence entre un entrepreneur et un dirigeant d’entreprise. Ils accomplissent souvent des tâches semblables, mais leur façon de voir les choses et de travailler peut être dramatiquement différente.

Les lignes qui suivent sont un peu caricaturales et probablement empreintes de préjugés. Je crois néanmoins que ces caricatures reflètent généralement une certaine réalité. Pour simplifier, j'utiliserai le masculin, mais cela inclut le féminin.

L'entrepreneur pense différemment du dirigeant, car son argent est directement en jeu : il est investi dans l'entreprise qu'il a fondée et qu'il dirige. Cette distinction change à elle seule bien des choses, notamment le dynamisme, l'opportunisme et la volonté de prendre des risques qui en valent la peine.

Pour l'entrepreneur, l'enjeu est personnel. L'entreprise qu'il a fondée ou acquise est son « bébé ». Le dirigeant professionnel est généralement moins impliqué émotionnellement. Notez qu'un certain désengagement émotionnel peut parfois être salutaire ; cependant, je préfère un dirigeant qui est entièrement engagé, même si ses émotions peuvent parfois constituer un passif.

L'entrepreneur est souvent moins structuré et moins organisé que le dirigeant professionnel. Il va là où les opportunités se présentent, parfois dans des impasses. Le dirigeant professionnel est plus posé, réfléchi et discipliné.

L'entrepreneur se fie davantage à son intuition, tandis que le dirigeant effectue des études de marché.

L'entrepreneur est impliqué personnellement ; le dirigeant est responsable devant les investisseurs et/ou actionnaires qui l'ont embauché.

Le dirigeant professionnel est souvent bardé de diplômes, tandis que l'entrepreneur a souvent appris à l'« école de la vie ».

La distinction entre un investisseur et un gestionnaire de portefeuille est, à mon avis, similaire. L'investisseur s'apparente davantage à l'entrepreneur, tandis que le gestionnaire de portefeuille ressemble plutôt à un dirigeant d'entreprise professionnel.

L'investisseur recherche des occasions attrayantes et est prêt à prendre des risques s'il estime qu'ils en valent le potentiel de rendement.

L'investisseur investit son propre argent, tandis que le gestionnaire gère celui des autres.

L'investisseur ne se préoccupe pas trop de la performance relative de son portefeuille ; le gestionnaire vit ou meurt en fonction de la performance relative du portefeuille qu'il gère.

L’investisseur est prêt à aller à contre-courant et à adopter une approche « contrarian » ; le gestionnaire l’est beaucoup moins.

Les deux ont leurs qualités et leurs défauts.

En affaires, comme en investissement, l'idéal est une combinaison des deux personnalités. En affaires, la personne parfaite combinerait les qualités du gestionnaire expérimenté et le dynamisme de l'entrepreneur. En investissement, nous souhaiterions avoir un investisseur qui possède également les qualités du gestionnaire chevronné.

L'hybride entre l'investisseur et le gestionnaire de portefeuille est le meilleur des deux mondes. Ce modèle engendre un gestionnaire alerte, à l'affût des occasions et prêt à prendre des risques lorsque le potentiel de rendement le justifie. En même temps, il est prudent et réfléchi. Il s'efforcera de bien diversifier les risques de son portefeuille et agira en « bon père de famille », car il sait que de nombreux investisseurs comptent sur lui pour bien investir leur fonds de retraite.

C'est ce modèle que nous avons en tête chez COTE 100 et auquel, selon moi, toute firme de gestion de portefeuille devrait aspirer. Pourtant, il est, à mon avis, peu représenté dans l'industrie de l'investissement. La plupart des gestionnaires investissent comme des professionnels, cherchant à réduire les risques de performance relative face aux marchés, sans se préoccuper suffisamment des rendements supérieurs à long terme. Il y a ainsi beaucoup de gestionnaires, mais bien peu d'investisseurs.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA
Chef des placements chez COTE 100

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