2026-07-31

Par Jean-Philippe Legault, blogueur invité

À court terme, plusieurs raisons peuvent expliquer la fluctuation d’un titre en Bourse. La publication des résultats trimestriels, les communiqués de presse, les rapports d’analystes, l’annonce d’une hausse ou d’une baisse du taux directeur, le momentum d’un secteur, les craintes et les rumeurs sont autant de facteurs qui influencent le mouvement d’un titre. Et cette liste n’est pas exhaustive.

Bien que ces facteurs puissent avoir un effet marqué à court terme, leur importance s'atténue lorsqu'on adopte une perspective de long terme. Sur un horizon prolongé, un élément tend à dominer tous les autres pour déterminer la trajectoire d'un titre : la croissance des bénéfices par action (BPA). Je vous propose donc d’explorer ce concept à travers quelques exemples de titres canadiens.

Pour simplifier mes exemples, nous utiliserons les BPA comme base de référence, bien que l'utilisation des flux de trésorerie libres soit peut-être une mesure encore plus pertinente. Indépendamment de la mesure utilisée, le constat est similaire : à long terme, le cours d'un titre suivra la croissance de ses BPA.

Alimentation Couche-Tard

Au cours des quinze dernières années, les BPA de Couche-Tard ont connu une croissance annuelle composée de 19 %, tandis que le titre a progressé de 21 % en Bourse sur la même période. Dans les graphiques (logarithmiques) ci-dessous, vous retrouverez, en rouge, l’évolution des BPA prévus. En noir, vous pourrez observer le cours du titre. En dessous, j'ai également ajouté le ratio cours-bénéfices prévus. Le cas de Couche-Tard est un exemple typique où, à long terme, le cours d'un titre suit la croissance de ses BPA.

Stantec

En examinant le cas de Stantec, on constate que les BPA n'ont montré aucune croissance entre 2014 et 2019. Durant cette période, le titre a également fait du surplace. Après cet épisode, la croissance des BPA a repris, tout comme le cours du titre en Bourse. Sur quinze ans, les BPA ont connu une croissance de 12 %, tandis que le titre a progressé de 14 % en Bourse. Encore une fois, à long terme, le cours d'un titre suivra assez fidèlement la croissance de ses BPA.

Shopify

Pendant des années, les BPA de Shopify étaient négligeables, en raison de ses investissements substantiels dans sa plateforme. Pourtant, des investisseurs étaient prêts à payer plus de 300 fois les BPA. Pourquoi ? Parce qu’ils prévoyaient que les BPA augmenteraient substantiellement dans les années à venir. On peut constater que les investisseurs initiaux ont eu raison.

BCE

Le cas de BCE est l'inverse des situations précédentes. Sur le graphique, nous remarquons que les BPA sont plus bas aujourd’hui qu’il y a 15 ans. Voilà un autre bel exemple qu’à long terme, le cours d'un titre suivra la croissance de ses BPA, à la hausse comme à la baisse.

Le travail de l’investisseur

Le premier travail d'un investisseur est donc de chercher à identifier les facteurs externes et internes qui permettront à une société d'augmenter ses BPA à long terme. Le modèle d’affaires de la société est-il protégé par des barrières à l'entrée importantes ? Les dirigeants ont-ils effectué une bonne allocation du capital dans le passé ? D’où proviendra la croissance future ? Comment la société s'adaptera-t-elle à un environnement en constant changement, particulièrement au niveau de la technologie ? Un long travail d'analyse et de recherche servira à répondre à de multiples questions de la sorte. En fin de compte, plus la croissance sera forte et plus elle durera longtemps, plus le titre sera susceptible de connaître du succès à long terme en Bourse.

Le second travail d'un investisseur est de s'assurer de payer un prix adéquat. En Bourse, rien n'est garanti et rien n'est linéaire. Une société dont les perspectives sont reluisantes peut ne pas les réaliser. Une forte croissance des BPA pourrait être compromise dans le futur. Il est même possible que les BPA prennent le chemin de la décroissance. Le prix payé est donc important afin de réduire les risques.

Comme Warren Buffett l'a déjà dit : « Investir en Bourse est simple, mais pas facile. » C'est simple, car indépendamment de ce qui se passe à court terme, à long terme, le cours d'un titre suivra la croissance de ses BPA. Mais investir en Bourse est difficile, car cela demande beaucoup de travail d’analyse et de réflexion, alors que le risque d'erreurs est toujours présent : il n’est pas simple de prévoir l’avenir et de déterminer un prix adéquat en fonction de la croissance prévue.

Jean-Philippe Legault, CFA
Gestionnaire de portefeuille principal chez COTE 100

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