La meilleure analogie que j'ai trouvée pour illustrer ce concept est celle des marées. Les marées sont causées par la force gravitationnelle entre la Terre, la Lune et le Soleil. Pour simplifier, lorsque la Lune est au plus proche de la Terre, elle attire l'eau, provoquant une marée haute. Puisque la Terre s'étire, une marée haute se produit également au point opposé. Comme la Terre effectue une rotation complète en 24 heures, on observe donc deux marées hautes et deux marées basses chaque jour. Durant ce cycle, l'eau ne se crée pas ; elle se déplace d'un point à un autre.
En Bourse, le principe est exactement le même. Lorsqu'un titre boursier monte, c'est que les acheteurs dominent et sont prêts à payer davantage. Lorsqu'un titre baisse, ce sont les vendeurs qui dominent. Dans les deux cas, il s'agit d'un déséquilibre passager entre l'offre et la demande.
Quand un titre prend de la valeur, c'est du capital supplémentaire qui y est injecté. Lorsque vous achetez un titre pour votre portefeuille, vos sommes proviennent soit de la vente d'un autre titre, soit de l'ajout de fonds supplémentaires à votre compte. Vous déployez ce capital vers cette nouvelle idée, au détriment d'autres opportunités.
Cette rotation s'effectue à plusieurs niveaux. Elle peut se produire au sein d'un même secteur. Vous vendez, par exemple, le titre de Walmart pour acheter celui de Costco. Vous déplacez ainsi l'argent à l'intérieur du secteur de la consommation de base.
Il peut également y avoir une rotation entre les secteurs. Vous vendez, par exemple, vos titres du secteur des logiciels pour acheter des titres du secteur des semi-conducteurs. Les capitaux se déplacent d'un endroit à l'autre. À cet égard, vous avez probablement remarqué récemment des mouvements diamétralement opposés en Bourse. Un matin, vous constatez que les secteurs à croissance et à risque plus élevés montent, tandis que les secteurs défensifs sont en baisse. Le lendemain, c'est l'inverse : les secteurs défensifs sont en hausse et les secteurs plus risqués sont en baisse. L'argent se déplace d'un secteur à l'autre. Dans l'industrie, nous appelons ce phénomène « risk-on, risk-off ».
Cette rotation s'applique aussi aux classes d'actifs. Un investisseur peut décider de retirer des sommes de son portefeuille d'obligations pour augmenter sa position en actions. L'argent se déplace d'une classe d'actifs à une autre.
Les capitaux peuvent aussi passer des marchés privés aux marchés publics. Imaginez que vous êtes un investisseur immobilier. Vous cherchez des opportunités, mais constatez que le rendement de vos investissements devient peu intéressant. Vous avez alors l'opportunité de vendre des immeubles pour investir en Bourse. Si le marché immobilier redevient très attractif, l'inverse peut être tout aussi vrai.
Certains mécanismes permettent aussi de créer temporairement du capital et d'influencer les flux d'un endroit à l'autre. Les investisseurs peuvent recourir à l'effet de levier pour générer des liquidités, par exemple au moyen d'un refinancement immobilier ou d'une marge de courtage. Cette création demeure toutefois temporaire, puisqu'elle devra éventuellement être remboursée. Les investisseurs peuvent également choisir d'épargner davantage, au détriment de leur consommation immédiate. De leur côté, les banques centrales peuvent injecter des capitaux dans l'économie par des politiques monétaires expansionnistes, comme une baisse des taux d'intérêt. Les gouvernements peuvent aussi stimuler les capitaux disponibles sur les marchés financiers au moyen de politiques fiscales, comme des réductions de taxes ou d'impôts, ou par des investissements en infrastructures.
Bien que mes exemples ne couvrent que quelques cas de figure et soient plutôt simplistes, mon objectif est de faire comprendre qu'un titre boursier en hausse est poussé par l'arrivée de nouveaux capitaux. Ce capital peut provenir de diverses sources. Parfois, l'intérêt pour un secteur ou une classe d'actifs est si fort qu'il attire des capitaux de partout, au détriment des autres. La diversité des sources où le capital peut être puisé peut expliquer l'ampleur et la durée de certains mouvements.
Même si certaines marées sont plus fortes que d'autres en raison de la position du Soleil et de la Lune, elles ne montent pas sans fin. Tôt ou tard, l'eau se déplacera ailleurs. En Bourse, rien n'est linéaire. Le départ de capitaux d'un endroit à un autre entraîne généralement l'apparition de nouvelles opportunités dans les secteurs ou classes d'actifs délaissés. Comme la Terre qui ne cesse de tourner, ces nouvelles opportunités déplaceront à leur tour les capitaux d'un endroit à un autre. L'argent ne s'invente pas, il se déplace.
Jean-Philippe Legault, CFA
Gestionnaire de portefeuille principal chez COTE 100
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