Cette carte est unique puisqu’il s’agit de la carte recrue d’un des joueurs les plus prometteurs de la LNH. Qui plus est, cette carte est très rare puisqu’il n’existe qu’une seule Outburst Gold au monde. À quel prix cette carte sera-t-elle vendue ? Au moment d’écrire ces lignes, l’enchère s’élève à 222 000 $ US.
J’ai toujours trouvé qu’il existe de nombreux parallèles entre le marché des cartes de hockey et celui du marché boursier. Bien évidemment, je ne parle pas du processus d’évaluation de la valeur d’une carte, puisque contrairement à une action, il n’existe pas de flux monétaires et de bénéfices qui permettent d’en déterminer la valeur. Les cartes de hockey sont principalement évaluées en fonction de leur rareté, de leur histoire, de l’offre et de la demande, un peu comme le vin, l’art, les timbres et les pièces de monnaie. Je parle plutôt de ressemblances au niveau psychologique.
Les investisseurs boursiers et les collectionneurs ont souvent tendance à être affectés par le biais de récence. Le biais de récence est une tendance cognitive qui amène un investisseur à accorder une importance démesurée aux événements les plus récents, en supposant que cette situation va se prolonger dans le futur.
La performance de Cole Caufield lors de sa plus récente saison en est un bel exemple. Au mois de janvier 2026, la carte recrue de base en parfaite condition de Cole Caufield s’échangeait à près de 250 $ CAN. En mars, sa production de buts s’est accélérée et plusieurs amateurs discutaient de la possibilité qu’il atteigne le plateau excitant des 50 buts. L’engouement qui a suivi a propulsé la valeur de cette carte à près de 600 $ CAN en avril. Après ses performances plus décevantes en séries éliminatoires, elle s’échange aujourd’hui autour de 350 $ CAN.
Quand un joueur produit à plein régime, il est facile d’extrapoler cette performance dans le futur. Même principe quand un joueur connaît des difficultés, nous avons l’impression qu’il ne s’en sortira jamais. C’est le même principe en Bourse.
Prenons l’exemple de Netflix. Au lendemain de la pandémie, le titre a fortement progressé en Bourse alors que le nombre d’utilisateurs, les revenus et les bénéfices étaient en pleine croissance, portés par un contexte social favorable. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter.
En 2022, la croissance a ralenti et la société s’est même mis à perdre des utilisateurs. Le sentiment généralisé face à Netflix était que la compétition était devenue trop forte avec les Amazon Prime, les Peacock et les Disney de ce monde. La perception était que la performance récente n’était que le début d’une période plus difficile pour Netflix. Par conséquent, le titre est passé de près de 70 $ l’action en novembre 2021 à près de 17 $ en mai 2022. Netflix était ni plus ni moins « fini » !
Sautons en 2025 et c’est une situation complètement inverse. Netflix dominait ses pairs alors que Disney n’a jamais su réaliser son potentiel. De plus, les stratégies adoptées par les dirigeants ont été très bénéfiques. La croissance de Netflix avait repris et les investisseurs n’avaient que de bons mots pour la société. Les investisseurs s’attendaient à ce que cette croissance se poursuive. Le titre a atteint un sommet de 130 $ l’action en juin 2025. Netflix était maintenant dominante.
Je vous propose d’examiner tous vos titres en portefeuille et de vous demander si les performances récentes, positives ou négatives, affectent votre jugement. Extrapolez-vous les récents événements comme une continuité du futur ?
Bien évidemment, il est toujours facile après coup de revenir en arrière et de faire ce type d’analyse. Aujourd’hui, Netflix vit une situation inverse alors que la baisse du niveau d’engagement des utilisateurs et la hausse de la compétition en provenance de plateformes comme YouTube et TikTok sont sur toutes les lèvres. Est-ce que les investisseurs extrapolent les récents événements correctement ou incorrectement ? C’est une question assez complexe à répondre.
Malgré tout, comme avec Caufield et Netflix, il est généralement mal avisé de se laisser emporter par les performances récentes. En Bourse, il est préférable d’évaluer une société sur son potentiel à long terme, comme discuté dans mon blogue la semaine dernière.
En terminant, souhaitons que l’acheteur de cette convoitée Outburst Gold saura regarder au-delà de la performance de la dernière saison de Celebrini pour éviter le piège du biais de récence ! Farce à part, c’est une période palpitante pour les collectionneurs de cartes de hockey. Sans être un spécialiste en évaluation de cartes, je ne serais pas étonné de la voir s’approcher du cap du million d’ici la fin de l’enchère!
Jean-Philippe Legault, CFA
Gestionnaire de portefeuille principal chez COTE 100
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