2026-06-19

Il y a quelques jours, je lisais un article de Francis Vailles, de La Presse, concernant les déboires du gouvernement québécois dans ce qu’on a appelé la filière batterie (« Prendre des décisions au pif avec l’argent public »).

Il semblerait que le gouvernement aurait investi 2,2 milliards de dollars dans divers projets liés à cette filière et qu'à ce jour, 700 millions aient été perdus. J'ai d'ailleurs écrit quelques blogues sur le projet Northvolt, probablement l’un des exemples les plus coûteux et visibles de cette filière.

Pour ma part, cet épisode douloureux pour le contribuable québécois offre quelques leçons à retenir.

D'une part, un gouvernement ne devrait pas prendre l'habitude d'investir l'argent des contribuables dans des entreprises ; c'est aux investisseurs privés de le faire. Un gouvernement peut très bien orienter les investissements vers certains secteurs stratégiques par des incitatifs fiscaux, sans pour autant prendre des participations directes dans des entreprises. Dans un de mes blogues sur Northvolt, j’avais écrit : « Il est préférable de laisser le libre marché faire son œuvre plutôt que de centraliser les décisions d’investissement entre les mains du gouvernement. En règle générale, la fameuse « main invisible » d’Adam Smith fait bien les choses. »

D'autre part, il faut, selon moi, faire bien attention de vouloir aller trop vite pour développer un secteur qui paraît porteur. Le gouvernement québécois a coupé les coins ronds et a passé outre à plusieurs de ses propres règles de gouvernance dans la filière batterie, dans le but d'aller plus vite que d'autres pays. Par exemple, il a modifié le cadre réglementaire environnemental de manière à éviter certaines étapes d’examen public du projet.

C’est que le gouvernement craignait de rater une occasion économique dans une industrie perçue comme prometteuse. C'est le bon vieux sentiment FOMO (Fear of Missing Out). C’est le même réflexe qui pousse tant d'investisseurs à se lancer dans des placements spéculatifs parce qu'ils craignent de rater une occasion de profiter d'un récit séduisant, même lorsqu’il ne repose pas encore sur une logique économique solide.

Cette filière batterie démontre, selon moi, à quel point il est difficile d'identifier les sociétés qui émergeront gagnantes de tendances technologiques favorables. Il semble évident que le secteur de l'électricité et des piles est voué à un bel avenir. On n’a qu'à penser au virage vers les automobiles électriques ou à la forte demande d'électricité des centres de données traitant les requêtes d'IA. Il reste qu’identifier un secteur d'avenir n'est pas une recette miracle pour réaliser des rendements supérieurs, surtout quand un grand nombre d'autres investisseurs l’ont aussi identifié et tentent d’en profiter à tout prix.

Un secteur prometteur ne se traduit pas toujours par un bon placement, surtout si l’on est pressé d’en tirer profit. En investissement comme en politique industrielle, confondre une grande tendance avec une bonne décision d’investissement peut coûter cher.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA
Chef des placements chez COTE 100

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